terça-feira, 24 de julho de 2018


Douce vie


Si nous avions reculé dans le temps d’à peine quelques étés, nous aurions rencontré notre petite fille avec deux années d’âge, dans un bel et tiède
après-midi de dimanche, marchant avec de petits pas fermes sur le chemin pavé de la fabrique de tissus connue sous le nom de  CTI "compagnie Taubaté Industrielle".
         Précoce comme en tout dans sa vie, elle avait fait ses premiers pas à l’âge de neuf mois, maintenant à l’âge de deux ans, c’était déjà un vétéran dans l’art de se promener pendant de longs trajets sans demander à être portée. Ils habitaient encore le quartier de Bom Conselho, ils cheminaient tout le long de l’avenue du 9 juillet, traversaient le Panal¹ à côté de la voie ferrée, le champ de la fabrique de jute, pour arriver à la maison des grands-parents au quartier des Grâces.
         Petite fourmi qu’elle était en raison des sucreries, elle connaissait tous les bars près desquels ils passaient sur le  chemin et elle entrait pour apprécier les vitrines. Son père racontait que, quand on lui demandait quelle sucrerie elle voulait, elle tendait un petit doigt indicateur en direction des sucreries et allait montrant chacun d’eux en disant sans s’arrêter : -    celui-ci, celui-ci, celui-ci…
         C’étaient cajuzinhos de amendoin, cocada, pipoca doce, Maria-mole, doce de leite, pé-de-moleque, quebra queixo…²
         C’était clair que son père ne pouvait pas, ni ne devait acheter toutes les sucreries.
         Et là la fillette allait traînant le parapluie noir de son père, parapluie plus grand qu’elle, et qui lui servait pour s’équilibrer quand elle levait la tête et parlait avec toutes les personnes qui passaient :
-         Oh, bébé ! Oh, psitt !
Les personnes riaient très surprises d’entendre cette petite puce s’adressant à elles. Elle n’y donnait pas d’importance, elle baissait la tête et tirait pour marcher jusqu’à deviner la présence d’un autre bar. Quand elle passait toute droite sans en apercevoir un, après quelques mètres, elle s’arrêtait, regardait derrière elle et courrait en arrière en direction du bar … et recommençait tout de nouveau :
-         Celui-ci, celui-ci, celui-ci.
Bien, mais ce goût pour les friandises, qui la faisait s’épuiser devant les vitrines tentatrices, l’a poursuivi le  reste de sa vie et lui a apporté beaucoup d’histoires. Vous souvenez-vous du blanc-manger qui la fit tomber malade de désir ? Donc maintenant nous allons connaître le cas du pudim³ au lait concentré.
Ce fut un samedi, en matinée, que Dona Silvia se leva animée et prépara un beau et doré pudim au jus caramélisé. Ce mets serait servi aux visiteurs annoncés pour l’après-midi du même jour.
La petite fille accompagna toutes les étapes de la préparation avec l’eau à la bouche, et en tournoyant autour de sa mère pour ne perdre aucun détail.
-         Enlève-toi de là, fillette, que je vais finir par te marcher dessus.
Et elle fut encore à côté de sa mère quand elle vit le pudim aller sur l’inaccessible étagère en haut du garde manger.
         Plus tard, les visiteurs étaient dans la salle. La conversation va, la conversation vient, et la petite fille anxieuse de l’heure du pudim. Jusqu’à ce que Dona Silvia s’excusa et, toujours collée à sa mère, elle vit le pudim majestueux descendre du haut de l’armoire et aller, avec les petites assiettes et les petites cuillères, sur la table de la salle. Elle accompagna le gâteau dans sa division et sa répartition. A chaque morceau servi, la petite fille se tordait d’affliction, penchée sur la table.
-         Maintenant c’est le mien, mère ?
-         Il ne va rien rester pour moi, mère !
-         Mère, madame va tout leur donner ? Et moi ?
Dona Silvia sourit d’un sourire jaune, forcé, entre ses dents, elle dissimula sa rage et dit :
-   Le pudim est pour nos visiteurs, fille, après maman te servira, d’accord ?
C’est clair qu’elle savait le gâteau suffisant pour tous, et ce fut ainsi. Et arriva le tour de notre fillette qui engloutit son morceau, se tint tranquille et alla jouer au pied de son goyavier.
Quelques temps après que les visiteurs s’en soient allés, la petite fille entendit un fouet battant des œufs dans la cuisine. Sans descendre de son arbre, elle cria à sa mère :
-         Mèrrrrrrrre, qu’est-ce que madame est en train de faire ?
-         Un pudim de lait concentré.
-         Encore un pudim ? Hum ! Que c’est bon !!!

Quelques temps plus tard au pied du goyavier…

-         Fille, viens ici !
-         Qu’est-ce qui y a, mère ?
-         Viens manger du pudim.
Dona Silvia lui servit un grand morceau et lui mit le gâteau bien en face d’elle. La petite fille n’avait pas remarqué que ses frères n’étaient pas venus s’asseoir à table et qu’ils la regardaient du coin de l’œil.
A peine avait-elle fini de manger que sa mère lui servit encore un grand morceau.
-         Seulement pour moi, mère ? Personne ne va en vouloir ?
-         Non, fille, il est tout pour toi.
Avant de terminer de manger le second morceau …
-         Je n’en veux  plus, mère !
-         Ah, si tu en veux,  tu vas même en vouloir !
-   Non, mère, maintenant je n’en veux pas, mais plus tard je reviens pour en manger, d’accord ?
-   Non tu vas manger et maintenant. Tu ne m’as pas fait honte en face de nos visiteurs ? Tu avais peur qu’il n’en reste pas pour toi ? Alors, tu peux tuer ta goinfrerie, avec le pudim, je l’ai fait en double, seulement pour toi. Allons !
Dona Silvia en était déjà aux cris
-         Je n’en veux pas, s’il te plait, mère ! Dit en pleurant la fillette.
Sa mère se baissa et prit une branche de la vigne du jardin potager, préparée, sans feuille dans le but d’un châtiment, et dans un geste de flagellation, la claqua sur la table, menaçante.
-   Manges !
         Avec la bouche pleine de pudim, et en même temps entrouverte dans un spectacle dantesque, la petite fille pleurait.
         Dona Silvia ne lui avait donné aucun coup de bâton, mais la peur avait été valable.
-   Ne fais jamais plus ceci en face de visiteurs, ni dans aucune occasion, tu as entendu ? Tu peux sortir  de table.
-         Je promets ! Jamais plus !
Le châtiment fut douloureux tant pour la petite fille que pour la mère, c’est certain. Même ainsi, la fillette ne perdit jamais sa fascination pour le pudim, mais elle apprit à attendre, en enfant bien élevée, son morceau.




         ¹ Panal nom d’un lieu

² Friandises brésiliennes

³ Dessert de consistance crémeuse comme une  crème renversée


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