terça-feira, 7 de agosto de 2018

La petite fille et les gamins de l’asile

Dona Silvia entendit taper des mains à la porte. Zé de l’asile l’attendait avec un grand panier de choux frais et tendres.
Elle plaisanta avec lui, choisit deux gros paquets qu’elle passa dans les mains de sa fille. Elle paya, lui dit de garder la monnaie et elles sont rentrées.
- Fille, jette le chou à la poubelle.
C’était ainsi toutes les fois que ce marchand de légumes battait à leur porte. La petite fille déjà savait pourquoi et elle ne demandait rien. Elle obéissait.
Cela faisait peine de voir Zé de l’asile, tout tortu¹, tirant une de ses jambes, le bras gauche plié par la paralysie. Il avait un regard  presque tout le temps tourné vers le haut, n’admirant rien d’une manière inexpressive. Son sourire sardonique, laissait échapper une grosse bave de temps en temps. Et c’était pour cette figure que, malgré que tout le monde achetait les verdures pour aider les sœurs de l’asile où il habitait, presque personne n'avait le courage de manger ce qu’il vendait.
Les plus vieux racontaient que Zé de l’asile n’était pas né comme cela. C’était un bébé parfait, un beau créole fils de noirs très pauvres  descendant d’esclaves affranchis. Sa mère, un jour, venait de l’allaiter au sein et le mit dans une cuvette pour lui donner un bain. Dans la même heure, une congestion suivie d’une convulsion l’avait estropié le laissant déformé et idiot pour toujours.
Sans condition pour l’élever, les parents l’avaient laissé à l’asile aux soins des sœurs. D’où son nom Zé de l’asile.
Les enfants avaient peur de lui et en même temps se moquaient de lui, le laissant fou de rage quand ils l’injuriaient, lui criaient des surnoms et après se cachaient. Le pauvre courait dans un trot boiteux  balançant son bras estropié et écumant d’une rage incontrôlable envers les petits garçons. Ceci durait jusqu’à ce qu’un adulte plus conscient gronde les enfants, les envoyant à leurs maisons.
La petite fille n’aimait pas voir cela. Elle  mourrait de peine pour Zé de l’asile.
Ce dont elle avait peur quand même, une peur à lui donner des cauchemars, c’était de Martinho, un autre personnage, un mulâtre bien plus jeune et maigre qui errait  dans les rues du quartier des Grâces. Ses vêtements sales et usés laissaient voir des parties de son corps. Ses cheveux bien crépus sur une tête petite et ronde forme un visage allègre, quasi-comique, avec un rire libertin et permanent, montrant une fossette profonde sur le côté de sa face. Des fois, encore sans s’arrêter de  rire, il mettait un doigt dans la bouche, baissait les yeux et riait, riait beaucoup et fort, comme s’il avait honte du monde. Le bout de sa ceinture, démesurément longue, pendait jusqu’à ses genoux.
Il tirait toujours avec une petite corde, trois ou quatre chiens également maltraités et galeux, qui s’enroulaient autour de ses jambes, l’embarrassant dans sa façon de marcher incontrôlée. De temps en temps, il aimait s’arrêter, montrer du doigt les gens et rire, rire à n’en plus pouvoir. Les gens finissaient par rire aussi, contraints devant cette figure déconcertante.
Ce n’était pas difficile de marcher dans les rues de ce petit quartier et de rencontrer Zé de l’asile vendant ses choux ou Martinho faisant une ronde au hasard avec ses chiens.
La fillette pouvait cohabiter avec la figure de Zé de l’asile apparaissant de temps en temps devant elle, mais, se trouver par hasard avec Martinho, l’épouvantait.
Un jour, à la sortie de l’école paroissiale, où elle suivait les cours de la  troisième année primaire, elle, comme toujours entourée de ses petites amies, parlait beaucoup. L’attention de ses collègues ne lui suffisait pas, elle voulait les voir de face, et profitant du passage étroit de la porte de sortie, elle marchait en face de tous, riant et gesticulant, discutant toujours sur les leçons. Quand ils eurent gagné la rue, elle cheminait déjà sur les côtés en même temps que les fillettes la regardaient et riaient en prêtant attention à ce qu’elle disait. Elles formaient ainsi, une ronde animée qui se mouvait jusqu’au milieu de la rue. Mais, soudain, les gamines s’étaient arrêtées de lui prêter attention et elles tentaient en vain de lui faire des signes, l’avisant de quelque chose que notre petite fille distraite, prise dans ce qu’elle disait, ne percevait pas. Elle continue alors à marcher en arrière jusqu’à ce qu’elle bute et tombe assise sur quelque chose dont elle ne sait pas ce que c’est. Un chien lui lèche le visage. Elle, encore au sol, à moitié évanouie, va arquant lentement sa petite tête  en arrière, et qu’est-ce qu’elle voit ? Martinho se pliant sur elle, l’aidant à se lever, à ses pieds, riant fort, très fort.
La petite fille du quartier voudrait courir, mais ses jambes ne la soutenaient pas, elles étaient tremblantes de surprise et de peur. Ses collègues ne voulaient rien savoir et  prirent la fuite.
Martinho la prit alors par la main et alla la conduire à sa maison. Elle cheminait comme si elle était dans un cauchemar. Livide et comme un automate, elle obéissait, se laissant amener.
Dona Silvia quand elle la vit arriver dans les mains de Martinho, cria :
- Qu’est-ce qui est arrivé, ma fille ?
La fillette ne pouvait rien dire. Non maintenant, non dans ce moment fatidique.
Martinho montrait la petite fille et avec des mimiques tentait de balbutier ce qui était arrivé.
La mère de la fillette remercia Martinho et allant à sa rencontre le serra dans ses bras en souriant.
- Quelle peur, non, ma fille ?




¹ Le mot français tortu signifie : qui est tordu, de travers.

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